Algassimou Diallo : de la Guinée aux États-Unis, parcours d’un expert du développement local

Algassimou Diallo, expert guinéen du développement local, raconte son parcours de Télimélé aux États-Unis, ses années en ONG, ses études, l’intégration et ses conseils aux jeunes.

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Portrait d’Algassimou Diallo, expert guinéen du développement local

Algassimou Diallo est un expert guinéen du développement local. Depuis une vingtaine d'années, il travaille dans la coopération internationale en Guinée, au Mali, au Burkina Faso, puis aux États-Unis, où il vit avec sa famille depuis juillet 2022. Dans cet épisode, il raconte son parcours d'étudiant, de professionnel et de migrant, avec beaucoup de franchise.

Je le connais bien et j'avais envie qu'il partage ce chemin. On parle de l'école à Télimélé, de l'université de Kankan, des premières années en ONG, des bourses d'études en France et au Québec, des pressions subies à cause de son engagement, de la pression sociale que vit la diaspora et de ce qu'il conseille aux jeunes qui veulent partir.

De Télimélé à Kankan : une formation qui forge

Algassimou grandit à Télimélé, fils d'un instituteur et d'une mère au foyer. Il est le premier enfant de la famille, sans grand frère pour lui montrer le chemin. Il obtient son bac en sciences sociales en 1998, puis il est orienté à l'université de Kankan, loin de chez lui. Sa mère s'inquiète. Le climat est dur, les études aussi, mais la solidarité entre étudiants lui permet de tenir. Il y découvre la rigueur universitaire qui l'accompagnera toute sa vie.

Dès le collège, il s'engage dans un club littéraire soutenu par une ONG française. Il y apprend à prendre la parole, à travailler en équipe et à défendre des causes justes. Ce socle associatif lui servira ensuite dans toute sa carrière. Il a d'ailleurs un message clair : ne sous-estimons pas ce que l'on apprend dans les associations.

Il explique aussi pourquoi on l'appelle « Poridaka » sur les réseaux sociaux. C'est le village de ses parents, et un professeur de l'université a pris l'habitude de l'appeler ainsi. Il en est resté fier et reste très attaché à cette communauté, y compris aux États-Unis.

Une carrière dans le développement, de la Guinée à l'Afrique de l'Ouest

Après l'université, il commence par des enquêtes de terrain, puis entre dans une ONG à Conakry. Pendant plusieurs années, il travaille sur l'éducation, la protection de l'enfant et le soutien aux activités génératrices de revenus. Il connaît la Haute Guinée presque village par village.

Il choisit ensuite de partir à l'étranger pour se mesurer à un autre contexte, là où personne ne lui reconnaît de légitimité simplement parce qu'il est connu ou bien entouré. Au Mali, il rejoint une grande ONG comme superviseur, devient chargé de programme, puis dirige l'organisation par intérim. Une bourse l'amène ensuite en France, où il étudie à l'Université catholique de Lyon. Il poursuit plus tard une formation au Québec. Il travaille aussi au Burkina Faso, avec des programmes d'apprentissage en lien avec une université américaine, puis avec le PNUD sur les ressources minières en Guinée.

Il revient sur les difficultés de ce parcours : appliquer des procédures dans un milieu où les liens familiaux comptent beaucoup, faire face à des questions d'identité, et surtout vivre l'éloignement. Il a perdu sa mère alors qu'il vivait au Mali et son père alors qu'il était au Burkina Faso, sans avoir pu être présent comme il l'aurait voulu. Beaucoup de membres de la diaspora se reconnaîtront dans ce passage.

L'engagement, la pression et le départ

Algassimou ne s'est jamais engagé dans un parti politique. Il se décrit comme un militant des valeurs sociales et de la justice. Il a pourtant fait l'objet de soupçons et de pressions à cause de son engagement citoyen en Guinée. Il raconte que des personnes de confiance l'ont prévenu à temps, et que son employeur l'a éloigné du pays pour sa sécurité. Pendant plusieurs années, il n'a pas pu rentrer sans risque. Il parle de cette période sans amertume, mais elle montre un point souvent oublié : on ne part pas toujours seulement pour des études ou un emploi.

S'installer aux États-Unis

Quand il s'installe aux États-Unis en 2022, il connaissait déjà le pays pour y avoir fait de nombreux séjours. Mais il le dit bien : venir en vacances ou en mission, ce n'est pas la même chose que s'y installer. Il s'appuie sur trois choses pour s'intégrer : sa famille déjà sur place, les associations de ressortissants guinéens et ouest-africains, et la communauté religieuse. Il ajoute que parler anglais a été un atout décisif.

Il raconte aussi, avec humour, sa première rencontre avec un photomaton à la gare de Lyon-Perrache, quand il a perdu 15 euros parce que la machine ne rendait pas la monnaie. Une anecdote qui fait sourire mais qui dit bien ce qu'est le choc des codes quand on arrive dans un nouveau pays.

Les vraies difficultés des migrants

Pour lui, la première difficulté est de partir avec des utopies plutôt que des rêves, en pensant que tous les problèmes vont se régler à l'arrivée. La deuxième est de chercher l'argent trop vite et de sauter l'étape de l'intégration : apprendre la langue, se former, comprendre les dispositifs disponibles. Beaucoup finissent dans les mêmes métiers précaires, parce qu'un proche y travaille déjà.

Il évoque aussi la pression sociale du pays d'origine, où celui qui part est vite vu comme un « robinet » qui doit tout financer. Il donne un exemple concret : il a pu suivre six mois de cours d'anglais au collège pour une somme très faible, grâce à un fonds d'aide dont personne ne parlait. Beaucoup de dispositifs existent, il suffit de poser les bonnes questions.

Ses propositions sont simples. Les pays d'origine devraient mieux accompagner leurs ressortissants à l'étranger et sécuriser les transferts d'argent et les investissements de la diaspora. Les associations de ressortissants devraient avoir une cellule d'accueil et d'orientation pour les nouveaux arrivants. Ce sujet rejoint l'épisode 11 avec Ablaye Ndiaye sur migration et développement, et mon livre Les trajectoires migratoires guinéennes au-delà des chiffres, où je traite aussi la pression sociale sur la diaspora.

Ses conseils aux jeunes

Algassimou ne cherche pas à décourager, mais il ne veut pas embellir la réalité. Selon lui, il faut venir pour deux raisons : renforcer ses compétences et découvrir un autre monde, jamais pour quitter « l'enfer pour le paradis ». Il insiste sur la persévérance. Sur ses huit diplômes universitaires, seuls deux ont été obtenus en Guinée, et presque tous les autres ont été financés par des bourses, après plus de cinquante candidatures. Il garde aussi une règle : apprendre tous les jours et accompagner les autres, parce que c'est en aidant qu'on grandit.

Aujourd'hui, il a créé Yetel, un cabinet de conseil qui veut faire le lien entre la diaspora et les acteurs africains : collectivités locales, ONG, associations et porteurs de projets. Il rêve aussi d'être un jour au service d'une collectivité locale en Guinée.

Ce que je retiens

Le parcours d'Algassimou rappelle qu'on ne réussit pas à l'étranger par chance. Il faut se former, apprendre la langue, s'entourer et rester humble. Il rappelle aussi qu'on ne quitte jamais complètement son pays et que la famille reste au centre. Un grand merci à lui pour cette confiance.

Pour écouter l'épisode complet : regarder sur YouTube.