Épisode 11 : Ablaye Ndiaye, aide publique au développement et migration
Ablaye Ndiaye, journaliste sénégalais et cofondateur de Yetel Expertise, parle de son parcours, d'aide publique au développement, de communication et de migration.
Il y a des invités qu'on découvre, et d'autres qu'on connaît tellement bien qu'on a presque peur d'oublier de les présenter. Ablaye Ndiaye fait partie des seconds. On s'est rencontrés en 2017 dans un programme de formation pour futurs dirigeants africains, on a étudié ensemble, on a écrit un livre ensemble et, depuis un an, on est aussi cofondateurs d'un cabinet de conseil, Yetel Expertise.
Ablaye est Sénégalais et vit en France. Journaliste de formation, ancien journaliste économique, il a travaillé dans les médias, la communication et l'enseignement avant de passer au conseil. Il est aujourd'hui responsable conformité à Paris. Dans cet épisode, on parle de son parcours entre le Sénégal, le Maroc et la France, de communication, d'aide publique au développement, de migration irrégulière et de ce que veut dire se construire loin de chez soi sans se perdre.
Un départ qui n'a jamais été un choix
Ablaye est très direct : la migration n'a jamais été un choix pour lui. Il voulait vivre près de sa famille et accompagner sa mère, et c'est progressivement, au fil des études et des circonstances professionnelles, que son parcours l'a mené à l'étranger. À la fin de notre master, il a pris son billet et il est rentré directement au Sénégal, alors que d'autres cherchaient une opportunité pour rester.
De Kaolack à Dakar
Il est né dans un petit village de la région de Kaolack, au centre du Sénégal, dans le bassin arachidier. À onze ans, il quitte son village pour poursuivre ses études secondaires chez sa tante, à une soixantaine de kilomètres, faute d'école secondaire sur place. Après le baccalauréat, il rejoint Dakar et se forme au journalisme pendant trois ans. Il fait ses stages à la RTS, le média public de référence, puis dans un grand média privé sénégalais.
Il raconte aussi la pression des examens au Sénégal. Le CFEE, le BFEM puis le baccalauréat sont suivis par toute la famille et tout le quartier. Quand on passe son bac, tout le monde veut savoir si on l'a eu.
Ce que le journalisme lui a appris
Pour Ablaye, le journalisme mène à tout. C'est un métier transversal qui donne une culture générale, un carnet d'adresses et une grande curiosité. Il lui a surtout permis de découvrir des pays africains qu'il n'aurait jamais visités autrement, comme le Zimbabwe, l'Éthiopie, le Maroc ou la Tunisie, et de voir sur place des réalités très éloignées des images qu'on en a à la télévision.
La communication, un régulateur social
En tant que responsable de la communication de notre cabinet, il rappelle la base : un émetteur, un message, un canal et un récepteur. Selon lui, la communication construit l'identité, transmet des valeurs, crée de la cohésion et régule les conflits, de la famille jusqu'aux États. Il évoque aussi la manière dont les sociétés africaines ont toujours communiqué, par exemple avec le tam-tam, avant l'arrivée des outils numériques.
Aide publique au développement : un système à repenser
Ablaye écrit beaucoup sur l'aide publique au développement. Il en rappelle l'origine après la Seconde Guerre mondiale, puis dans le contexte des indépendances et de la guerre froide. Son constat est sévère. Les programmes sont souvent conçus dans des bureaux en Europe, sans les acteurs locaux, et ils restent en décalage avec les réalités du terrain. Il cite l'économiste zambienne Dambisa Moyo, qui défend dans son livre que l'aide entretient la dépendance, la corruption et le clientélisme.
Il défend l'idée que la diaspora peut jouer un rôle bien plus important, à condition que les États facilitent l'investissement privé et simplifient les démarches administratives. Il estime que les transferts d'argent de la diaspora pèsent souvent davantage que l'aide publique, et que les banques africaines accompagnent trop peu les projets de ceux qui veulent entreprendre.
Étudier et travailler dans plusieurs pays
Notre master, très intense, avec des exposés presque tous les jours, l'a marqué. Au Maroc, il a travaillé dans une agence de communication où il était le seul Subsaharien, avec un rythme très soutenu. Il y a aussi rencontré les difficultés administratives des étrangers : il explique qu'il a dû sortir du pays pour pouvoir déposer sa demande de carte de séjour. Pour lui, le statut d'étranger est à la fois un frein et une force, parce qu'il pousse à s'adapter, et il conseille aux jeunes de ne pas hésiter à travailler dans des environnements multiculturels.
La migration irrégulière, un drame
À propos des jeunes Sénégalais qui prennent la mer, Ablaye parle d'un drame : des familles décimées, des rêves brisés, des mères qui pleurent. Il cite environ 3 000 morts en 2025. Pour lui, la responsabilité est d'abord celle des autorités. L'État ne peut pas employer tout le monde, mais il doit créer les conditions pour que le secteur privé investisse et recrute. Il parle aussi de fuite des cerveaux : des diplômés partent parce que leurs compétences ne sont pas valorisées, et les transferts d'argent ne compensent pas cette perte.
Ses conseils aux jeunes
Pour Ablaye, l'aventure est une école, mais il faut s'y préparer : étudier, apprendre un métier, avoir des compétences. Quand on part sans préparation pour aider sa famille, on risque l'inverse, devenir un poids pour elle. Il invite aussi les jeunes de la diaspora à garder confiance en eux et à persévérer, dans les études comme dans le travail.
Il conclut avec un proverbe wolof qui dit que vouloir partir à l'étranger ne signifie pas qu'on doit partir : encore faut-il pouvoir partir.
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