Présentation du livre : les trajectoires migratoires guinéennes au-delà des chiffres
Telly Diallo présente son livre sur les trajectoires migratoires guinéennes : chiffres, enquête de 2023, objectifs de l’ouvrage et échange avec la communauté.
Dans cet épisode, je présente mon livre Les trajectoires migratoires guinéennes au-delà des chiffres, publié chez L'Harmattan dans la collection Études Africaines. C'est la captation de la présentation en ligne que j'ai faite devant la communauté réunie autour du livre : les chiffres, l'enquête que j'ai menée, les objectifs de l'ouvrage, puis un échange avec les participants.
Ce n'est pas un épisode d'interview mais un rendez-vous plus personnel. J'y explique pourquoi j'ai écrit ce livre, ce que j'ai voulu dire et pourquoi je tiens à ce qu'on regarde au-delà des statistiques pour redonner une place aux histoires et à l'humain.
Pourquoi commencer par des chiffres ?
Le livre s'appelle « au-delà des chiffres », et pourtant je commence la présentation par des chiffres. Ce n'est pas une contradiction : on ne peut pas les ignorer. Dans les rapports institutionnels et associatifs, la Guinée figure presque toujours en haut de la liste des pays d'origine des migrants en Europe. Dans le rapport de l'OFPRA publié en 2024, la Guinée arrive en troisième position des premières demandes d'asile en France, derrière l'Afghanistan et l'Ukraine. Ces chiffres sont utiles aux pays d'accueil pour s'organiser, mais ils ne disent rien de la vie des personnes.
Une enquête auprès de Guinéens en Europe
En 2023, j'ai lancé une enquête en ligne pour recueillir le vécu de Guinéens installés en Europe. Quelques résultats présentés dans l'épisode :
- plus de la moitié des répondants ont entre 25 et 34 ans ;
- la France arrive en tête des pays de résidence, devant l'Allemagne, la Belgique et la Suisse ;
- les raisons du départ sont variées : études, travail, regroupement familial, mais aussi fuite de situations de conflit ou de persécution ;
- plus de 90 % des répondants sont en situation régulière, les autres sont en situation irrégulière ou en procédure d'asile ;
- les difficultés les plus citées sont les démarches juridiques et administratives, puis la recherche d'un emploi ;
- plus de 80 % disent avoir l'intention de rentrer un jour en Guinée.
Cette enquête n'a pas de valeur statistique au sens strict. Elle donne surtout des pistes de lecture, que je développe dans le livre. J'y reviens aussi sur les documents d'identité, un vrai sujet pour beaucoup de Guinéens, notamment l'accès au passeport.
Un constat personnel et professionnel
Mon point de départ est personnel : j'ai grandi avec des récits de départ autour de moi, des proches qui partent, d'autres qui reviennent, certains qui réussissent et d'autres qui ont du mal. Il est aussi professionnel : en tant que juriste dans une organisation humanitaire, je suis régulièrement confronté aux réalités migratoires. En croisant ces deux regards avec les données disponibles, j'en tire une conviction : la migration guinéenne n'est pas un simple choix individuel. Elle est portée par un mélange de pressions politiques, économiques et sociales.
Trois objectifs
Le livre suit un cheminement, de l'idée de partir jusqu'à la vie dans le pays d'accueil, en passant par le voyage, les démarches administratives, les chocs culturels et la santé mentale. Il a trois objectifs :
- informer les futurs migrants des réalités qui les attendent, avec les opportunités comme avec les difficultés et les dangers ;
- interpeller les autorités sur leurs responsabilités, notamment celle d'offrir des perspectives pour que partir ne soit pas la seule option ;
- mettre en lumière des parcours variés, ceux qui font mal comme ceux qui réussissent, pour donner une vision équilibrée, ni idéalisée ni catastrophiste.
Ce n'est pas un livre de désespoir. C'est un message d'équilibre et d'espoir, et un livre pour comprendre, questionner et construire ensemble, pas pour juger. Vous pouvez le retrouver sur la page Livres.
L'échange avec la communauté
La seconde partie de la rencontre était consacrée aux questions. Plusieurs participants ont pris la parole. L'un d'eux a rappelé que la migration guinéenne se fait aussi beaucoup vers le Sénégal et le reste de l'Afrique de l'Ouest, avec une réussite économique souvent partie de rien. J'ai rappelé que l'essentiel des migrations africaines se fait à l'intérieur du continent et que la liberté de circulation de la CEDEAO change beaucoup les démarches, comparé à l'Europe.
D'autres ont parlé de la résilience des Guinéens, du poids du lien avec le pays d'origine, du téléphone comme cordon ombilical qui permet de tenir à l'étranger, et de l'histoire d'une migration qui était autrefois plutôt celle des élites et des études, et qui s'est élargie avec le temps. Un participant a suggéré de porter ce travail auprès des autorités et des acteurs institutionnels, ce qui correspond au dernier chapitre du livre, consacré aux perspectives et aux propositions.
Je garde aussi l'anecdote du vieil homme et de sa question sur le meilleur moment qu'on puisse vivre loin de chez soi. Sa réponse, drôle et imagée, dit pourtant quelque chose de vrai sur le parcours de beaucoup de migrants : le soulagement vient souvent d'un geste simple d'accueil.
Ce que je retiens
Les chiffres disent combien de personnes partent. Ils ne disent pas pourquoi, ni comment elles vivent ensuite. C'est ce que ce livre et ce podcast essaient de faire : rendre la parole aux personnes concernées. Si le sujet vous parle, vous pouvez prolonger avec l'épisode 12 sur les mythes de l'eldorado et l'épisode 8 sur les migrants en situation irrégulière.
Pour regarder la présentation complète : voir sur YouTube.