Épisode 15 : Yacine Diallo, la diaspora guinéenne et l'envie de construire chez soi

Yacine Diallo, originaire de Mali en Guinée et installé en France, parle de son parcours, de migration, de diaspora et de ce qui donne envie de construire chez soi.

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Yacine Diallo, invité de l'épisode 15 de TrajectlyHub le Podcast

Pourquoi des jeunes partent-ils d'un territoire, et que faudrait-il pour qu'ils aient envie d'y construire leur vie ? C'est la question qui traverse cet épisode avec Yacine Diallo, originaire de la préfecture de Mali, dans le Fouta Djallon en Guinée, et installé en France depuis 2012.

Yacine est un ami, et on se connaît bien. Son parcours n'a rien d'une ligne droite : journalisme bénévole, enseignement, humanitaire, économie sociale et solidaire, coordination de programmes internationaux, conseil. Aujourd'hui, il prépare aussi une candidature à la députation pour sa préfecture. L'échange dure plus de deux heures, et on y parle de son histoire, de migration, de diaspora et de ce que signifie agir depuis la France pour la Guinée.

Un fil rouge : être utile

Yacine a grandi à Fougou et fait ses études à Conakry, où il a été élu président d'une association de jeunes pour le développement de sa localité. Avec elle, il a financé un forage dans le collège où il avait étudié. Pendant ce temps, il écrivait bénévolement dans un mensuel destiné aux jeunes, donnait des cours dans des écoles privées de la capitale et faisait du soutien à domicile.

Pour lui, le journalisme, l'enseignement et l'humanitaire ne sont pas des ruptures. Le journalisme lui a appris l'écoute et le diagnostic, l'enseignement la pédagogie, l'humanitaire la gestion de projets complexes. Le fil rouge, c'est l'utilité sociale.

Venir en France pour étudier, avec l'idée de revenir

En 2012, il part étudier en France, avec le soutien de son frère. Il le dit clairement : pour lui, ce n'était pas une fuite mais un parcours d'excellence, avec l'idée de revenir au pays avec des outils utiles. Il obtient deux masters, l'un en action publique et économie sociale et solidaire, l'autre en coordination de programmes humanitaires, et travaille depuis plus de dix ans sur des projets de coopération internationale et de recherche de financements.

Ce qui l'a le plus marqué à son arrivée, c'est la solitude et l'éloignement de la famille, dans un monde plus individualiste que celui qu'il connaissait, et une administration française très procédurière.

Ce que les discours sur la migration oublient

Je lui ai demandé ce que les discours publics ne comprennent pas. Sa réponse : l'aspect humain. On parle de chiffres, d'entrées, de morts dans le désert ou en mer, mais on oublie la souffrance du départ, du transit, puis de l'arrivée, avec la précarité, les démarches administratives et la solitude. Il ajoute que les migrants souffrent aussi au retour, quand ils sont parfois regardés comme des étrangers dans leur propre pays.

Il travaille actuellement, avec d'autres représentants de la société civile, sur une note de positionnement consacrée au retour et à la réintégration des migrants. Pour lui, la migration est d'abord le symptôme d'un manque de services de base et de perspectives.

Pourquoi les jeunes partent, et ce que la réalité change

Selon Yacine, les jeunes partent parce qu'ils ne voient pas comment vivre dignement chez eux. Il y ajoute la pression sociale et familiale, le besoin de prouver quelque chose, la pression venue d'une partie de la diaspora, et l'image trompeuse d'une Europe facile, nourrie par les réseaux sociaux.

Il revient aussi sur le déclassement, les difficultés pour renouveler un titre de séjour, la discrimination et les différences de traitement qu'il a lui-même observées dans le monde professionnel. Son conseil à ceux qui hésitent : ne pars pas parce que quelqu'un d'autre est parti, prépare-toi, et rappelle-toi que la réussite ne se trouve pas seulement en Europe ou aux États-Unis.

Faire de partir un choix, pas une obligation

Yacine décrit sa préfecture comme pleine de potentiel mais oubliée : enclavée, avec des routes insuffisantes, des difficultés d'accès à l'eau potable et à la santé. Il cite, selon lui, un taux de mortalité maternelle très élevé, et des femmes qui accouchent à la maison faute de route. Sa priorité numéro un est l'accès à l'eau potable, la deuxième la formation par la pratique pour les jeunes et les femmes.

Il rappelle qu'il a déjà porté plusieurs projets sans mandat électif, dont des adductions d'eau, et que c'est un blocage administratif sur un de ces projets qui l'a amené à réfléchir à l'engagement politique. Son objectif est que partir devienne un choix de voyage et non une obligation de survie.

La diaspora comme partenaire, pas comme caisse de solidarité

Sur la diaspora, il défend l'idée d'une organisation plus structurée, capable de financer des projets durables plutôt que de répondre seulement à l'urgence. Il évoque aussi la coopération décentralisée entre des communes africaines et européennes, et le projet d'un forum de la diaspora guinéenne à Conakry.

Mouiller le maillot

À la fin de l'épisode, Yacine revient sur une expression souvent entendue en Guinée, « mouiller le maillot ». Pour lui, cela ne se résume pas à faire de la politique. C'est aussi investir son temps, son énergie et ses ressources pour sa communauté, parfois en silence, et obtenir des résultats visibles.

Ce que je retiens de cet échange : la migration, ce n'est pas seulement partir, c'est aussi la manière dont on crée les conditions pour rester. Et une trajectoire individuelle peut devenir une action collective quand on la met au service des autres.

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