Entrepreneuriat de la diaspora africaine en 2026 : quels soutiens pour lancer ou développer un projet entre l’Europe et l’Afrique ?
MEET Africa 3, Dot Landing, DIASDEV, APIP Guinée : ce que proposent réellement les dispositifs d’appui aux entrepreneurs de la diaspora africaine en 2026, et comment les aborder.
Créer une entreprise quand on vit entre deux pays peut être une force. On connaît plusieurs marchés, plusieurs cultures, parfois plusieurs langues. On dispose aussi de réseaux professionnels et familiaux des deux côtés.
Mais cette double appartenance peut également compliquer le parcours entrepreneurial. Où créer son entreprise ? Comment comprendre les règles du pays d’origine lorsqu’on vit à l’étranger depuis plusieurs années ? À qui s’adresser pour trouver un accompagnement fiable ? Comment financer le démarrage du projet ? Et surtout, comment distinguer les véritables dispositifs d’appui des annonces qui ne concernent pas directement les entrepreneurs ?
En 2026, plusieurs programmes cherchent précisément à répondre à ces difficultés. Le soutien à l’entrepreneuriat des diasporas africaines se structure progressivement. Mais il reste encore fragmenté, variable selon les pays et parfois difficile à comprendre. Voici ce qu’il faut retenir.
Une diaspora importante, mais difficile à résumer par un seul chiffre
Parler de « diaspora africaine » demande d’abord un peu de prudence.
L’Insee ne mesure pas une catégorie unique appelée diaspora. Il distingue notamment les immigrés et les descendants d’immigrés. Les dernières données provisoires indiquent qu’en 2025, environ 3,9 millions d’immigrés nés en Afrique vivent en France. En 2024, l’Insee comptait également environ 3,7 millions de descendants d’immigrés originaires d’Afrique. Ces deux indicateurs ne permettent pas, à eux seuls, de donner un chiffre unique de la diaspora africaine, mais ils donnent une idée de l’importance des liens humains entre la France et le continent africain.
Ces liens ne sont pas seulement familiaux. Ils sont aussi économiques, professionnels et entrepreneuriaux.
Une personne peut travailler en France, développer une activité au Sénégal, investir en Côte d’Ivoire, tester un produit en Guinée ou accompagner une entreprise au Cameroun. C’est précisément cette capacité à circuler entre plusieurs espaces que les politiques publiques commencent davantage à prendre en compte.
MEET Africa 3 : une nouvelle phase jusqu’en 2028
Le programme le plus structuré dans ce domaine reste aujourd’hui MEET Africa, mis en œuvre par Expertise France.
La troisième phase a démarré en novembre 2025 et doit se poursuivre jusqu’en octobre 2028. Son budget annoncé est de 5 millions d’euros. Elle concerne cinq pays : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Sénégal et la Tunisie.
Cette précision est importante, car le périmètre a évolué. Lors de la phase précédente, le Mali faisait également partie des pays concernés.
MEET Africa 2, déployé entre 2020 et 2024, avait accompagné 142 entrepreneurs, financé 116 projets et sensibilisé ou formé plus de 5 000 personnes à travers différents ateliers et événements.
La troisième phase va plus loin. Elle repose sur deux axes : renforcer les acteurs publics et privés capables d’accompagner la diaspora, puis apporter un accompagnement technique et financier aux entrepreneurs et investisseurs issus de cette diaspora. Expertise France indique également vouloir cibler des entreprises plus matures, avec un impact économique, social ou environnemental, tout en intégrant davantage les enjeux liés à l’égalité entre les femmes et les hommes.
C’est une évolution importante. Le soutien ne se limite plus à encourager la création d’entreprise. Il cherche aussi à construire un écosystème autour du porteur de projet.
Attention : tous les appels MEET Africa ne sont pas destinés directement aux entrepreneurs
C’est probablement l’un des points les plus importants à comprendre.
Lorsqu’un programme annonce plusieurs millions d’euros ou publie un appel à projets, cela ne signifie pas nécessairement qu’un entrepreneur individuel peut déposer directement une demande de financement.
L’appel lancé pendant l’été 2026 dans le cadre de MEET Africa 3 visait par exemple les structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat : incubateurs, accélérateurs, associations, réseaux spécialisés et autres organisations capables d’identifier, sélectionner et accompagner ensuite les entrepreneurs de la diaspora.
Autrement dit, une partie de l’aide publique fonctionne en deux temps.
Des structures intermédiaires sont d’abord sélectionnées et financées. Ce sont ensuite elles qui accompagnent les entrepreneurs, organisent les programmes et, selon les dispositifs, gèrent une partie du soutien financier destiné aux entreprises.
Pour un porteur de projet, la bonne question n’est donc pas seulement : « Quel financement est disponible ? » Il faut aussi se demander : « Quelle structure accompagne les entrepreneurs de la diaspora dans mon pays cible ? »
Cette distinction permet d’éviter beaucoup de temps perdu.
En Tunisie, Dot Landing montre à quoi peut ressembler cet accompagnement
Un exemple actuel permet de comprendre concrètement cette logique.
En septembre 2026, le programme Dot Landing est ouvert aux entrepreneurs tunisiens vivant à l’étranger qui souhaitent implanter ou développer une activité en Tunisie. Le dispositif est porté par The Dot avec différents partenaires, dont Expertise France et MEET Africa. Les candidatures de la cohorte actuelle sont annoncées jusqu’au 30 septembre 2026.
Le programme ne se limite pas à une aide financière.
Il prévoit notamment quatre mois d’accompagnement, un diagnostic personnalisé, du coaching, une immersion dans l’écosystème entrepreneurial tunisien, un travail sur le modèle économique, le financement, les aspects juridiques, le marketing, l’export et le management. Un Demo Day doit ensuite permettre aux entrepreneurs de présenter leurs projets à des investisseurs et partenaires.
Les candidats doivent déjà avoir avancé dans leur projet, par exemple avec un produit minimum viable, de premiers clients, des revenus ou une entreprise déjà en activité.
Ce type de dispositif montre bien l’évolution actuelle : l’enjeu n’est plus seulement de verser une subvention, mais d’aider l’entrepreneur à comprendre le marché local, structurer son entreprise, trouver les bons interlocuteurs et accéder progressivement au financement.
L’épargne de la diaspora devient aussi un enjeu de financement
Autre évolution intéressante : les politiques publiques commencent à regarder la diaspora non seulement comme une source de transferts d’argent vers les familles, mais également comme une source potentielle d’investissement.
C’est l’objectif du projet DIASDEV, lancé en 2023 et prévu jusqu’à la fin de l’année 2026. Doté de 3 millions d’euros, il accompagne actuellement les Caisses des dépôts et consignations du Bénin, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, de la Mauritanie et de la Tunisie.
L’objectif est de développer ou d’améliorer des solutions d’épargne et d’investissement destinées aux diasporas.
Pour l’entrepreneur, l’effet n’est pas nécessairement immédiat. DIASDEV n’est pas un guichet où l’on dépose simplement un dossier pour obtenir une subvention.
Mais la logique est importante : elle cherche à construire des mécanismes permettant qu’une partie de l’épargne détenue par les diasporas puisse, à terme, être davantage orientée vers l’investissement productif et le développement économique.
Pourquoi ces programmes sont-ils nécessaires ?
Une étude de l’Investment Climate Reform Facility consacrée à l’entrepreneuriat des diasporas met en évidence plusieurs besoins récurrents : l’accès à une information fiable, le financement, la connaissance de l’environnement économique du pays d’origine, le développement des compétences, le réseautage et une meilleure coordination entre les différents acteurs publics et privés. L’étude souligne également les difficultés particulières que peuvent rencontrer les femmes entrepreneures de la diaspora.
C’est précisément sur ces problèmes que les dispositifs les plus intéressants tentent désormais d’agir.
Ils ne suppriment pas les risques liés à l’entrepreneuriat. Ils ne remplacent pas non plus une étude de marché ou un modèle économique solide.
Mais ils peuvent réduire une difficulté essentielle : entreprendre dans un pays que l’on connaît culturellement, sans forcément en connaître suffisamment l’écosystème économique, juridique, administratif et financier actuel.
Et si votre pays n’est pas couvert par MEET Africa ?
C’est un autre point essentiel.
MEET Africa 3 ne couvre aujourd’hui que cinq pays. Un entrepreneur souhaitant développer une activité en Guinée, au Mali, au Bénin ou dans un autre pays africain ne doit donc pas attendre un hypothétique élargissement du programme.
Il faut regarder les dispositifs nationaux, les agences de promotion des investissements, les fonds dédiés aux PME, les incubateurs locaux et les programmes financés par les partenaires internationaux.
En Guinée, par exemple, l’Agence de Promotion des Investissements Privés, APIP Guinée, accompagne les entrepreneurs et investisseurs dans la création et le développement de leurs activités. Elle propose notamment des formations, des mises en relation professionnelles, de l’accompagnement et plusieurs programmes destinés à différents profils d’entrepreneurs.
Le programme Jeunes Pousses cible notamment les très petites et moyennes entreprises récentes, tandis que PROGRESS s’adresse à des structures plus anciennes présentant un potentiel de croissance.
Cela montre qu’un entrepreneur de la diaspora doit souvent combiner deux recherches : les dispositifs spécifiquement consacrés aux diasporas et les programmes classiques d’accompagnement disponibles dans le pays où il souhaite investir.
Comment chercher efficacement un accompagnement ?
Avant de candidater à un programme, quelques réflexes peuvent considérablement améliorer la démarche :
- Définir précisément le pays et le stade du projet. Une idée, une entreprise déjà créée et une activité réalisant déjà du chiffre d’affaires ne seront pas orientées vers les mêmes dispositifs.
- Identifier les structures d’accompagnement locales. Les incubateurs, accélérateurs et agences publiques sont souvent la porte d’entrée vers les programmes internationaux.
- Préparer son dossier avant l’ouverture des appels. Présentation du projet, modèle économique, budget prévisionnel, premiers résultats, équipe, stratégie d’implantation et impact doivent pouvoir être expliqués clairement.
- Vérifier qui peut réellement candidater. Un appel peut concerner des entrepreneurs, des associations, des incubateurs ou uniquement des entreprises déjà constituées.
- Organiser une veille régulière. Les appels restent parfois ouverts quelques semaines seulement. Les sites d’Expertise France, de MEET Africa, de l’AFD, des agences nationales d’investissement et des structures d’accompagnement du pays cible doivent être suivis régulièrement.
L’erreur serait de commencer cette recherche uniquement lorsque l’on a besoin d’argent.
La mise en réseau, la compréhension de l’écosystème et la préparation administrative doivent commencer bien avant la recherche de financement.
Entreprendre entre deux pays demande plus qu’un financement
En 2026, le paysage de l’entrepreneuriat des diasporas africaines évolue dans une direction intéressante.
Les dispositifs deviennent progressivement plus structurés. Ils associent davantage accompagnement, mise en réseau, expertise locale, financement et préparation à l’investissement. MEET Africa 3 illustre cette évolution, tandis que des initiatives comme Dot Landing montrent comment elle peut se traduire concrètement sur le terrain.
Mais il reste un défi majeur : rendre ces opportunités visibles et compréhensibles pour les entrepreneurs.
Un bon projet peut passer à côté d’un programme simplement parce que son porteur découvre l’appel trop tard, ne s’adresse pas au bon organisme ou ne comprend pas que l’accès au financement passe d’abord par une structure d’accompagnement.
Pour un entrepreneur de la diaspora, la première ressource n’est donc pas toujours l’argent. C’est souvent la bonne information, au bon moment, auprès du bon interlocuteur.
Et c’est probablement là que se joue une partie de la réussite d’un projet construit entre plusieurs pays, plusieurs réseaux et plusieurs trajectoires.
Les dispositifs, critères d’éligibilité et périodes de candidature évoluent régulièrement. Avant toute démarche, vérifiez les informations directement auprès de l’organisme qui porte le programme.
Sources
Cet article s’appuie sur des sources institutionnelles et primaires : les données démographiques de l’Insee, la page officielle du programme MEET Africa 3 d’Expertise France, le projet DIASDEV, le rapport de l’ICR Facility sur l’entrepreneuriat des diasporas, le programme Dot Landing porté par The Dot et les ressources officielles de l’APIP Guinée.